Gianni Infantino, président de la FIFA, a durci le ton envers ses détracteurs le 27 juillet 2026, les accusant de « répandre la haine » et les exhortant à « méditer, prier ou regarder un match de football » plutôt que de critiquer l’organisation. Dans un communiqué publié sur Instagram, où il compte 5,7 millions d’abonnés, le patron de la Fédération internationale de football s’est félicité d’avoir organisé « la plus incroyable Coupe du monde » de l’histoire, co-accueillie par le Mexique, les États-Unis et le Canada.
La finale du tournoi s’est déroulée à East Rutherford, dans le New Jersey, aux États-Unis, le 19 juillet 2026, en présence de Donald Trump, président américain. C’est à l’occasion de cette conclusion que Gianni Infantino a livré ses critiques les plus acérées contre ceux qui contestent son leadership et sa gestion de la Fédération internationale de football.
Un discours de défense direct, loin des conférences de presse
Plutôt que de s’exprimer lors d’une conférence de presse – une pratique devenue rare dans son agenda -, Gianni Infantino a choisi le communiqué Instagram pour adresser ses reproches. Cette approche illustre une stratégie de communication fragmentée, contournant les questionnements directs des journalistes. Dans son message, le président de la FIFA s’en prend explicitement à ceux qu’il décrit comme « rongés par la haine et la critique », les accusant d’avoir manqué « le beau jeu, les émotions, les célébrations, les rires, les pleurs, la déception et la joie ».
L’argument opposé par Infantino à ses critiques repose sur un contraste affirmé: « Pendant que vous divisez, nous unissons ». Cette formule, qui ressemble à une mise en demeure, structure sa défense autour de l’idée que la FIFA serait un vecteur d’unité, contrairement à ceux qui la dénoncent.
Un écho lointain du Qatar, quatre ans plus tôt
Cette charge du patron de la FIFA survient quatre années après une déclaration qui avait marqué les esprits. En 2022, lors de la Coupe du monde au Qatar, Gianni Infantino s’était exprimé dans des termes qui avaient suscité l’étonnement: il avait alors déclaré se sentir « qatari », « arabe », « africain », « gay », « handicapé », ou encore « travailleur migrant ». Ces propos visaient à défendre un Qatar soumis à une pression internationale intense, en raison de nombreuses critiques portant notamment sur les conditions de travail des travailleurs migrants et sur les enjeux de droits de l’homme.
Entre cette sortie de 2022 et le communiqué de juillet 2026, une trajectoire se dessine: le refus d’Infantino de concéder du terrain face aux contestations. Là où un responsable aurait pu ajuster sa communication ou reconnaître les préoccupations soulevées, le président de la FIFA a intensifié son argumentaire, qualifiant désormais ses contradicteurs de vecteurs de « haine ».
Des remerciements aux gouvernements hôtes
Le communiqué Instagram contient aussi des éléments de valorisation: Infantino remercie explicitement les gouvernements du Mexique, des États-Unis et du Canada, ainsi que « leurs peuples » et « leurs forces de police ». Ce choix rhétorique vise à consolider une alliance institutionnelle autour de l’événement, en soulignant le soutien des État-nations hôtes.
Cette référence aux autorités civiles et aux forces de l’ordre évoque une gestion de la Coupe du monde fortement ancrée dans les structures d’État. Elle signale aussi, implicitement, que la légitimité du tournoi passe par une caution gouvernementale. En tant que contrepartie, Infantino se positionne non seulement comme garant d’un événement sportif, mais comme partenaire d’États souverains.
« La plus incroyable Coupe du monde »: une affirmation sans contexte numéré
Infantino affirme avoir orchestré « la plus incroyable Coupe du monde » de l’histoire. Cette formule superlative, dépourvue de chiffres ou de critères précis, relève davantage de la déclaration de principe que du constat mesuré. Aucune donnée spécifique – affluence, audience télévisée, revenus générés ou impact touristique – n’accompagne cette affirmation. Elle demeure une assertion, une posture rhétorique plus qu’une démonstration.
Cet énoncé représente aussi une tentative de réécriture: dire que c’était « la plus incroyable », c’est implicitement suggérer que les critiques portées contre l’organisation ou le leadership d’Infantino relèvent d’une incompréhension ou d’une mauvaise foi. Or, entre la couche informationnelle et le message politique, le fossé s’agrandit.
Un appel à l’introspection ou à l’inaction?
L’invitation finale du président de la FIFA – « méditer, prier ou regarder un match de football » – peut se lire de deux façons. D’un côté, elle est un appel à se reconnecter avec la dimension ludique et émotionnelle du sport. De l’autre, elle constitue une mise à distance des questionnements: elle suggère que la critique elle-même serait un vice, une forme de négativité à dépasser par des activités plus « constructives ».
Cette rhétorique, qui assimile la critique à de la « haine », opère un glissement sémantique. Elle tend à délégitimer le droit de questionnement qui caractérise un environnement démocratique et public. En remplaçant le terme « critique » par « haine », elle ferme la porte à un dialogue en projetant l’adversaire dans une posture moralement disqualifiée.
Le choix du médium – un communiqué sur Instagram, loin de la confrontation médiatique classique – s’inscrit dans cette logique. Infantino dialogue moins qu’il ne proclame, s’adressant à ses partisans via un canal qui limite les répliques.