Wim Wenders supprime une scène de « Faux Mouvement » montrant Nastassja Kinski enfant après dix ans de bataille judiciaire

Après dix ans de bataille judiciaire, Wim Wenders a accepté de retirer du film « Faux Mouvement » (1975) une scène montrant Nastassja Kinski dénudée à l’âge de 13 ans. Le réalisateur allemand de 80 ans a présenté ses excuses à l’actrice et supprimé la séquence controversée, mettant fin à un long conflit qui avait opposé les deux artistes depuis le début des années 2010.

Ce mardi matin, sur le site de la Fondation Wim Wenders, une déclaration commune paraît. Elle est brève, presque minimaliste – quelques lignes qui résument une décennie de silence rompu. Le cinéaste allemand y reconnaît l’évidence: il aurait dû agir bien plus tôt. « J’ai présenté mes excuses à Nastassja Kinski et accédé à son souhait de couper du film la scène qu’elle contestait », écrit-il. Derrière ces mots mesurés, c’est une capitulation tranquille d’un géant du cinéma face à une actrice qui a refusé de plier.

La scène au cœur du conflit

Tout remonte à « Faux Mouvement », premier film de Nastassja Kinski au cinéma, réalisé par Wim Wenders en 1975. La scène qui va obsédée l’actrice pendant des années est brève mais crue: on y voit une adolescente de 13 ans, vêtue uniquement d’un slip, allongée sur un lit. Un homme adulte, également en sous-vêtements, la rejoint à l’écran. Pour une jeune comédienne de cet âge, cette exposition du corps – filmée, montée, distribuée – devient un poids à porter seul, silencieusement, pendant des décennies.

La scène n’était pas un détail oublié. Elle restait là, gravée dans les copies du film, projetée dans les festivals, visible sur les écrans. Nastassja Kinski grandit en sachant que cette image de son enfance continuait à circuler.

Une décennie de silence puis de combat

Au début des années 2010, l’actrice allemande décide qu’il est temps de parler. Elle contacte Wim Wenders pour lui demander de retirer la scène. Le réalisateur ne bouge pas. Les années passent. Nastassja Kinski ne lâche prise pas. Son avocat, Christian Schertz, prend l’affaire en main et poursuit le combat par voie juridique, transformant une requête personnelle en bataille légale.

Pendant dix ans, Wenders oppose une résistance muette. Le film demeure inchangé. Les projections continuent. Puis, en début juin, quelque chose cède. Le réalisateur annonce retirer provisoirement le film dans son entièreté, reconnaissant enfin que Nastassja Kinski « aurait dû être mieux protégée ». C’est une confession tardive: l’auteur de « Paris, Texas » et de « L’État des choses » accepte que sa propre vision artistique s’est construite aux dépens d’une enfant.

La suppression acceptée, la relation restaurée

Mais le retrait complet du film n’était pas la solution idéale pour l’un ou l’autre. Alors, en juillet, un compromis émerge. Wim Wenders annonce que la scène sera « coupée sans remplacement et ne fera plus partie du film à l’avenir ». C’est une chirurgie précise: pas de mutilation du long-métrage, mais l’amputation du moment qui blessait. Le 23 juillet, il précise avoir supprimé la séquence « comme expression de [son] changement de regard et par respect pour Nastassja Kinski ». Il ajoute que la nouvelle version lui a été présentée pour visionnage.

Dans la déclaration commune, les deux artistes expriment un souhait qui dépasse la question de la scène. Ils veulent que « le souvenir du film ne soit plus, à l’avenir, assombri par ce conflit et que leur longue relation amicale soit rétablie ». C’est une tentative de cicatrisation: non seulement la scène disparaît, mais on espère aussi que le contentieux s’efface, que la mémoire collective du film se nettoie.

Une victoire tardive, une responsabilité assumée

L’avocat de Nastassja Kinski, Christian Schertz, avait énoncé une vérité simple lors du retrait provisoire du film: celui-ci aurait dû être modifié « depuis longtemps ». Il relevait aussi que cette décision n’était intervenue que grâce à « la pression publique ». Autrement dit, sans l’amplification médiatique, sans le poids de l’opinion, Wim Wenders aurait probablement continué à vivre avec son film intact, éternellement.

Ce qui frappe dans cette affaire, c’est le temps qu’il a fallu pour que la culpabilité remonte à la surface. Un réalisateur reconnu, adulé, a dû attendre d’avoir 80 ans et de faire face à une décennie de contentieux pour reconnaître qu’une enfant aurait mérité protection sur son propre plateau. La scène, elle, aura existé 50 ans. Elle aura survécu à des générations de spectateurs, de critiques, de programmateurs, tous muets.

La nouvelle version de « Faux Mouvement » sera donc amputée. Le film respirera différemment, lira différemment, sans cette séquence. Et peut-être que, enfin, ce premier long-métrage de Nastassja Kinski ne sera plus l’histoire de ce qu’on lui a pris, mais seulement du cinéma qu’elle a aidé à créer.

Articles similaires